
PRÉPARATION DE COMPÉTITION : TOUT LE MONDE A UN AVIS… ET C’EST JUSTEMENT LE PROBLÈME
Pourquoi les commentaires des autres peuvent parfois faire plus de dégâts qu’une mauvaise séance d’entraînement
Lorsque l’on prépare une compétition de bodybuilding, on pense immédiatement à la diète, aux entraînements, au cardio, au sommeil ou encore à la récupération. Pourtant, après avoir accompagné de nombreux athlètes au fil des années, j’ai constaté qu’un autre facteur pouvait avoir un impact considérable sur le résultat final : les influences extérieures.
À mesure que la compétition approche, le physique change, la fatigue s’accumule et la pression augmente. C’est précisément à ce moment-là que les commentaires commencent à se multiplier. Les personnes de votre salle, votre entourage, les réseaux sociaux, mais aussi les autres compétiteurs se sentent souvent autorisés à donner leur avis sur votre physique ou sur votre préparation. Et c’est probablement ce dernier point qui est le plus problématique.
Parce qu’un commentaire venant d’une personne qui fait elle aussi de la compétition paraît immédiatement crédible. Beaucoup d’athlètes se disent : « Elle monte sur scène, donc elle sait forcément de quoi elle parle. » Pourtant, monter sur scène ne signifie pas automatiquement comprendre la préparation d’un autre athlète. Faire des compétitions apporte une expérience personnelle, mais cela ne permet pas d’analyser plusieurs mois de travail simplement en regardant une photo ou quelques minutes de posing.
C’est pourtant exactement ce qui se produit tous les jours.

1) Le doute s’installe souvent à cause des autres
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le doute ne naît pas toujours devant le miroir. Très souvent, il apparaît après une discussion.
Une remarque à la salle. Un message privé. Une conversation après un entraînement. Un commentaire sous une publication.
Puis arrivent les phrases que pratiquement tous les compétiteurs ont déjà entendues :
« Tu es en retard. »
« Tu devrais accélérer un peu. »
« Il te manque des quadriceps. »
« Tes fessiers ne sont pas assez développés. »
« Tu devrais être plus sèche à ce stade. »
« À ta place, je ferais plus de cardio. »
« Tu devrais demander un refeed. »
« Moi, avec mon coach, on ne fait pas du tout comme ça. »
Individuellement, chacune de ces remarques paraît anodine. Mais lorsqu’elles s’accumulent pendant plusieurs semaines, elles finissent par produire un effet bien particulier : elles remplacent progressivement la confiance par le doute.
L’athlète ne remet pas en question sa préparation parce qu’elle ne fonctionne plus. Il la remet en question parce qu’il entend tellement d’avis différents qu’il finit par se demander si son propre coach est réellement sur la bonne voie.
C’est précisément là que beaucoup de préparations commencent à se compliquer inutilement.
2) Le piège du « Moi, avec mon coach… »
S’il y a une phrase qui revient constamment dans le milieu de la compétition, c’est sans aucun doute celle-ci :
« Moi, mon coach m’a fait augmenter le cardio. »
« Moi, mon coach m’a fait baisser les glucides beaucoup plus tôt. »
« Moi, mon coach m’a fait faire un refeed. »
« Moi, mon coach m’a fait charger trois jours avant. »
À première vue, ces phrases semblent simplement partager une expérience. En réalité, elles n’apportent pratiquement aucune information utile à l’athlète qui les reçoit.
Pourquoi ?
Parce qu’une préparation n’est pas une recette de cuisine.
Ce qu’un coach met en place pour une athlète dépend de son niveau musculaire, de son point de départ, de sa génétique, de son historique sportif, de sa capacité de récupération, de sa réponse aux adaptations, de sa catégorie et de nombreux autres paramètres.
Autrement dit, deux athlètes peuvent être à huit semaines d’une compétition sans qu’aucune de leurs stratégies ne se ressemble.
Comparer deux préparations sans connaître l’ensemble de ces éléments n’a donc aucun sens.
Pourtant, il est fréquent de voir certains compétiteurs présenter leur propre préparation comme une référence universelle, en laissant entendre que si leur coach procède d’une certaine manière, tous les autres devraient faire la même chose.
C’est oublier qu’un suivi est, par définition, individuel.
3) Faire de la compétition ne fait pas automatiquement de vous un expert
C’est une confusion extrêmement répandue dans notre milieu.
Parce qu’une personne fait de la compétition, beaucoup lui attribuent immédiatement une forme d’expertise. Comme si le simple fait de monter sur scène suffisait à comprendre le travail réalisé entre un coach et son athlète.
Pourtant, ce raisonnement ne tient pas.
Posséder son permis de conduire ne fait pas de quelqu’un un mécanicien.
De la même manière, participer à des compétitions ne donne pas automatiquement les compétences nécessaires pour analyser une évolution physique, comprendre une stratégie nutritionnelle ou juger la pertinence d’un protocole de préparation.
Un athlète connaît sa propre préparation.
Un coach connaît celles de ses athlètes.
La différence est considérable.
4) Ces personnes que beaucoup reconnaîtront
Si vous préparez des compétitions depuis quelque temps, il y a de fortes chances que vous ayez déjà rencontré ce type de profil.
Toujours très sympathique.
Toujours souriant.
Toujours intéressé par votre évolution.
Les premières discussions sont souvent très agréables.
« Tu en es où ? »
« Tu fais combien de cardio ? »
« Tu manges combien de glucides ? »
« Ton coach t’a prévu quoi cette semaine ? »
Puis, progressivement, les questions laissent place aux remarques.
« Tu es sûre que c’est suffisant ? »
« Franchement, moi je ne ferais pas comme ça. »
« Je pense que ton coach devrait accélérer un peu. »
« Il te manque encore beaucoup de jambes. »
« À ce stade-là, moi j’étais déjà plus sec. »
Ce qui est frappant, c’est que ces personnes ne disposent pourtant que d’une infime partie des informations. Elles ignorent votre historique, votre évolution depuis le début de la préparation, les difficultés rencontrées, les adaptations déjà réalisées et les raisons qui ont conduit votre coach à prendre certaines décisions. Elles jugent plusieurs mois de travail à partir d’une photo, d’une vidéo ou d’un échange de quelques minutes.
Certaines ne réalisent probablement pas l’impact que leurs remarques peuvent avoir. D’autres aiment comparer leur propre préparation à celle des autres ou cherchent à savoir comment travaillent les différents coachs. Il existe aussi des personnes qui semblent toujours avoir besoin de montrer qu’elles savent, qu’elles auraient fait autrement ou qu’elles auraient pris de meilleures décisions.
Quelles que soient leurs motivations, le résultat est souvent identique : l’athlète repart avec davantage de doutes qu’avant la conversation.
Et c’est précisément ce qu’une préparation n’a pas besoin d’ajouter.
5) Quand le miroir ne reflète plus la réalité
À mesure que la compétition approche, un autre phénomène apparaît progressivement. Il est rarement expliqué aux nouveaux compétiteurs, alors qu’il concerne pourtant une immense majorité d’entre eux : la perte d’objectivité.
Au début d’une préparation, on regarde son physique pour suivre son évolution. Puis les semaines passent, la fatigue s’accumule, le taux de masse grasse diminue et l’échéance se rapproche. Sans même s’en rendre compte, le miroir cesse progressivement d’être un simple outil d’observation pour devenir une source permanente de remise en question.
Beaucoup d’athlètes vivent alors une situation déstabilisante.
Un jour, ils se trouvent encore trop gras.
Le lendemain, ils ont l’impression d’être devenus trop maigres.
Puis ils sont persuadés d’avoir perdu leurs quadriceps.
Ou leurs fessiers.
Ou leurs épaules.
Pourtant, dans la grande majorité des cas, leur physique n’a pratiquement pas changé en vingt-quatre heures.
C’est leur perception qui change.
Et c’est précisément pour cette raison qu’un athlète ne peut pas piloter seul sa préparation en se basant uniquement sur son ressenti.
Le ressenti fluctue.
Les données objectives, beaucoup moins.
Les photos réalisées dans les mêmes conditions, le suivi hebdomadaire, l’évolution du poids, des mensurations et de la condition physique permettent d’avoir un regard beaucoup plus fiable que celui d’un athlète qui s’observe plusieurs fois par jour.
C’est aussi le rôle d’un coach : conserver ce recul que l’athlète perd progressivement à mesure que la compétition approche.
6) Le cerveau ne voit plus les progrès, seulement ce qu’il manque
Plus une préparation avance, plus l’attention se focalise sur les détails.
L’athlète ne regarde plus son physique dans son ensemble.
Il ne voit plus les kilos de masse grasse perdus.
Il ne voit plus les lignes qui apparaissent.
Il ne voit plus l’évolution réalisée depuis plusieurs mois.
Il ne regarde plus qu’une seule chose : ce qu’il estime encore insuffisant.
Les quadriceps, les fessiers, les épaules, les bras, la taille.
À force de se concentrer uniquement sur ses points faibles, il finit parfois par oublier tout le chemin parcouru.
C’est un phénomène que j’observe très régulièrement.
Des athlètes capables de reconnaître les progrès des autres en quelques secondes deviennent totalement incapables de voir les leurs.
Ils finissent par résumer leur physique à deux ou trois détails qu’ils aimeraient encore améliorer.
Pourtant, une compétition ne se juge jamais sur un seul groupe musculaire.
Les juges évaluent un ensemble, une harmonie, des proportions, une condition physique, une présentation.
Pas uniquement la taille des quadriceps ou le volume des fessiers.
7) Confondre ses préférences avec les critères d’une catégorie
Au cours d’une préparation, j’entends souvent des phrases comme :
« Je n’aime pas mes jambes. »
« Je trouve mes fessiers trop plats. »
« J’aimerais avoir beaucoup plus de volume. »
Ces remarques sont parfaitement compréhensibles.
Nous avons tous une image du physique que nous aimerions avoir.
Mais il existe une différence fondamentale entre ce que nous préférons personnellement et ce que recherchent les juges dans une catégorie donnée.
Beaucoup d’athlètes commettent l’erreur de mélanger les deux.
Ils pensent que parce qu’ils préfèrent un physique plus massif, plus volumineux ou davantage développé sur certains groupes musculaires, c’est forcément ce qu’il faudrait présenter sur scène.
Ce n’est pas aussi simple.
Chaque catégorie possède ses propres critères.
Chaque athlète possède également son propre potentiel, son historique sportif et son point de départ.
L’objectif d’une préparation n’est donc pas de transformer un athlète en quelqu’un d’autre.
Il est d’amener son propre physique au meilleur niveau possible selon les critères de sa catégorie.
Cette nuance est essentielle.
Car vouloir ressembler à une autre compétitrice n’est pas un objectif réaliste.
Présenter la meilleure version de soi-même, en revanche, l’est.
8) Un physique ne se construit pas en quelques semaines
C’est probablement l’un des messages les plus importants que j’aimerais faire passer à travers cet article.
Un physique de compétition ne se construit pas pendant une préparation.
Il se construit pendant les années qui la précèdent.
Tout cela est le résultat de plusieurs années d’entraînement, de progression et de patience.
Aucun coach, aussi compétent soit-il, ne peut créer en douze ou seize semaines plusieurs années de développement musculaire.
Attendre d’une préparation qu’elle fasse apparaître des quadriceps ou des fessiers qui n’ont pas encore été développés est donc une erreur.
La préparation sert à révéler le physique que vous avez construit.
Pas à créer celui que vous aimeriez avoir dans plusieurs années.
C’est pourquoi comparer votre physique à celui d’une athlète qui possède cinq ou dix années d’entraînement supplémentaires n’a aucun intérêt.
Vous ne comparez pas deux préparations.
Vous comparez deux parcours de vie.
9) Les réseaux sociaux entretiennent une comparaison permanente
Aujourd’hui, il suffit d’ouvrir Instagram pendant quelques minutes pour voir défiler des dizaines de physiques impressionnants.
Une athlète paraît plus sèche.
Une autre semble avoir davantage de quadriceps.
Une troisième affiche des fessiers plus développés.
Puis, presque inconsciemment, le cerveau commence à comparer.
Le problème est que vous comparez votre quotidien à une image soigneusement sélectionnée.
Vous ne connaissez pas le parcours de cette personne.
Vous ignorez son historique.
Son âge d’entraînement.
Sa génétique.
Les difficultés qu’elle a rencontrées.
Les sacrifices qu’elle a dû faire.
Vous voyez simplement le résultat final.
Et c’est précisément ce qui rend cette comparaison totalement injuste.
Les athlètes les plus expérimentés l’ont d’ailleurs bien compris.
Beaucoup choisissent volontairement de prendre leurs distances avec les réseaux sociaux à l’approche d’une compétition.
Certains arrêtent complètement de les consulter.
D’autres continuent à publier leur évolution, mais ne regardent plus le contenu des autres.
Ils ne lisent plus les commentaires sur leur physique.
Ils ne demandent plus d’avis.
Ils ne cherchent plus à savoir où en sont les autres compétiteurs.
Pourquoi ?
Parce qu’ils ont compris qu’une préparation ne consiste pas uniquement à gérer sa diète ou son entraînement.
Elle consiste aussi à protéger son mental.
Et protéger son mental, c’est parfois savoir faire le tri.`
Le tri dans les informations que l’on consomme.
Le tri dans les personnes que l’on écoute.
Le tri dans les conversations que l’on entretient.
10) La meilleure chose que vous puissiez faire pendant une préparation
Si vous préparez actuellement une compétition, retenez une chose.
Vous n’avez pas besoin de dix avis différents.
Vous n’avez pas besoin que chaque personne de votre salle vous dise ce qu’elle ferait à votre place.
Vous n’avez pas besoin de comparer votre préparation à celle des autres.
Vous avez besoin d’un plan.
D’un suivi.
D’une stratégie.
Et surtout, de la confiance nécessaire pour aller jusqu’au bout sans vous laisser déstabiliser par chaque commentaire.
À l’inverse, si vous faites partie de ceux qui aiment donner leur avis sur la préparation des autres, posez-vous simplement une question avant de parler.
Disposez-vous réellement de toutes les informations nécessaires pour remettre en question plusieurs mois de travail entre un athlète et son coach ?
Si la réponse est non, alors le meilleur service que vous puissiez lui rendre est peut-être beaucoup plus simple.
L’encourager.
Respecter son parcours.
Et le laisser avancer sereinement.
Car dans un sport où le mental est déjà mis à rude épreuve, certaines paroles pèsent bien plus lourd que ceux qui les prononcent ne l’imaginent.
Comparer sa préparation à celle d’un autre athlète sans connaître son historique, son niveau, sa stratégie ou son point de départ.
Une préparation est individuelle. Ce qui fonctionne pour un athlète peut être totalement inadapté pour un autre.
Pendant une préparation, protégez votre mental autant que votre diète, votre sommeil et votre récupération.
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